vendredi 20 mai 2011

Une occasion

Elle est pleine de dessins d'enfants, d’avions en papier, de feuilles mortes...

Un vieux blouson trop petit traîne sur le siège arrière.

Ses vide-poches regorgent de cailloux merveilleux, de cartes, de marrons d'Inde.

Elle a des essuie-pieds maculés de terre et de sable, des cadavres de moustiques encastrés plein les phares. Quelques miettes de pain coincées entre les sièges.
Le denier vent du sud l'a enveloppée d'une fine pellicule d'or pâle.

Elle porte fièrement des traces, de doigts, de nez, de langues sur ses vitres, et de pieds à l’arrière du siège conducteur.
Des trainées grises datant de la dernière pluie strient le hayon arrière, et son aile gauche porte encore les stigmates d’une rencontre fougueuse et maladroite avec le pilier du garage, un soir d’orage.


Dans son coffre, les sacs de courses saupoudrés de plâtre côtoient la couverture polaire rouge de nos derniers pique-niques.

L’enjoliveur arrière droit manque, volé par un indélicat sur un parking, un jour.


Elle porte fièrement les griffures de sa vie parisienne, comme autant de rides prématurées sur ses flancs.


Chaque jour, sans broncher, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, elle est là. Enfants, courses, matériaux, bagages, vélos, elle n'est qu'utilitaire mais si pleine de nous.


Dans son plastique terni s’est gravée la mémoire des rires et des chants, de la radio à fond, des baisers volés au feu rouge, des sommeils des enfants que l’on porte doucement dans leurs chambres, des trajets paniqués aux urgences pédiatriques, de la route des vacances et du premier qui a vu la mer, des cris et des pleurs.


Le jour de la revendre à la côte de l'argus, aucun acheteur ne s'intéressera à ça. Elle gardera de nous, bien cachées, nos images, et une pièce de monnaie coincée dans la glissière du siège.

9 commentaires:

annick a dit…

c'est qu'on y tient à ces engins!

Anonyme a dit…

oh c'est chou <3

stell*

Recrafteur a dit…

Toujours une bien agréable parenthèse que de lire tes billets...

Mariedk a dit…

j'ai toujours eu mal au coeur de me séparer de mes voitures car c'est un peu comme un membre de la famille... Encore un articleplein de poésie et bien agréable à lire !

Zette a dit…

C'est un crève-coeur, TOUJOURS.
Surtout la 1ère, celle qu'on a malmenée avec nos maladresses de jeune conducteur (freinage brusque, cramage de l'embrayage, overdose de sapin parfumeur...)

Eric a dit…

Pas de commentaire de Flooe ? Normal, le sujet a 4 roues :-))
Eh oui, vu le temps qu'on y passe c'est un peu notre deuxième chez-nous. Sauf pour celle qui prend le RER le matin...

Mentalo a dit…

C'est qu'un tas de ferraille, pourtant. Oui, pourtant... j'en aurais chialer, en février, quand j'ai crashé ma fidèle Japonaise qui avait vu mes enfants grandir et nous avait emmenés partout. J'aime l'idée que, réparée, elle fait le bonheur d'une autre famille, quelque part bien plus au sud de nos latitudes...

berengere a dit…

Et la pièce coincée dans la glissière du siège, c'est un Franc, au moins ? Bon ça commence à dater, mais ça ajouterait de la poésie ;)

Valérie a dit…

@annick: elles vieillissent, elles ont du mal à démarrer le matin, il faut du doigté et de la douceur...[oh tiens, ça me rappelle quelqu'un soudain]

@Stell: quelques grammes de douceur...

@Recrafteur:Merci ;)

@Marie: merci bis (vous partagerez hein, un chacun ;) )

@Zette: c'est aps la première... et c'est pas la dernière, mais quand même...

@Eric: Sure quil pourrait écrire la même chose sur sa bête de course (je parle de la moto, bien sûr)

@Mentalo: elle est partie où?

@berengere:et bien, non, quand même, elle serait sacrément vieille :D

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