mercredi 20 avril 2011

La dame à l'éventail


Elle ne porte pas de bijoux. Elle n’aime sans doute pas ces chaînes d’argent ou d’or. Sans liens, sa liberté, elle l’inscrit sur sa peau, nue.

Qui est-elle?


Son long cou dévoilé, sa grâce aérienne et discrète de girafe ou de fée trahissent la danseuse.

Je la vois concentrée, à la barre, ses cheveux châtains remontés en un chignon strict dont une boucle, rebelle, s’est échappée. En body couleur chair, elle s’échauffe, et son teint pâle s’anime de tâches rosies à ses joues. Ses pieds souffrent, contraints dans de dures demi-pointes.

Mais la douleur n’est rien, ou plutôt, elle lui est nécessaire, le prélude à tout dépassement d’elle-même. Elle étire sa jambe gauche, lentement, vers le haut.

Un mouvement m’alerte. Je reviens à elle assise là, à ses longues mains déliées, à ses doigts fins qui battent la mesure, tout doucement, sans y penser.

Serait-elle pianiste de concert? Seule, sur la scène en pleine lumière, le public oublié, elle joue Beethoven. Sa main droite vole dans les aigus, et du pied elle étouffe, puis souligne la mélodie, pour elle seule. Le dernier accord posé lentement sur les touches, elle ferme les yeux, retiens son souffle et le laisse résonner en elle, avant de faire face aux autres, en contrebas, dans la salle.

Elle a tourné la tête, un instant. J’ai senti son regard indifférent se poser sur moi une seconde ou deux, puis elle a détourné les yeux.

Une femme qui rêve. Elle n’est qu’une femme, qui rêve.


Texte écrit dans le cadre de mon atelier d'écriture, l'exercice consistait à imaginer une vie à partir du célèbre tableau de Klimt "la dame à l'éventail". Pour lire les textes précédents, c'est , ou  .

1 commentaires:

Recrafteur a dit…

Très agréable à lire, j'étais complètement dedans...

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