mardi 3 septembre 2013

Où tu voudras, quand tu voudras


Je suis tombée in love du Québec.

J’sais pas pourquoi, j’connais même pas encore mais j’suis en train de checker l’prochain vol pour Montréal.

J’vais donc te pondre un texte en québécois, non, j’le parle pas mais j’en ai lu plein pis c’est pas si tant difficile, suffit de mettre des mots des States, sauf ceux qu’on utilise en français, qu’ceux là faut les mettre en ancien français, et des raccourcis en d’dans, avec des tsé par ci par là et quelques osties bien senties. Pis t’inverse quelques articles.

J’suis in love, rapport que les québécois ils ont plein d’humour pis y sont pas comme nous. Et moi les gens pas comme nous ça m’a toujours plu. Parce que parfois les français j’en ai ras la cap, entre les parisiens un peu frais chiés qu’on tout connu et qui doutent de rien et les autres qui sont rien que des bouseux à vaches ben niaiseux.

Alors quand j’ai eu une journée de marde, du genre que mon char il démarre pas pasque j’ai oublié d’aller gazer, que j’retrouve un gomme collé sur mes souliers neufs, que mon cell fait des trucs weird, que j’me suis chicanée avec mon chum qui m’perce des dents ou que j’fais tout croche dans ma job, bref, quand ma vie elle est trop plate et que j’suis down j’vais faire un tour sur un blogue québecois.

Genre, çui là : Les populaires.

C’est awesome. J’me lis un article jusqu’au boutte.

On y parle de pâte à dents, et de filles qui se font bronzer les boules. De collants qu’on colle dans des cahiers d’écoliers (paye tes allitérations), pis de temps des sucres et d’ours blancs. On y mange un beigne et du beurre de peanut et on boit du gin dans un flasque, ostie. On y voit des patentes fucking malades.

Come on. Le prochain flight, il est à 6pm. Tsé, si j’me hurry, j’peux p’t’être le catcher. J’prendrais pas mon base jusqu’à la fin de semaine.

lundi 2 septembre 2013

Dans le bain


Bonjour les petits clous !

Je suis de retour de vacances après une année Santa Barbara pour moi. Comprendre, vous prenez un scénario improbable d'une série TV des années 80, celle dont vous dites « ah vraiment ces scénaristes quand même on voit qu’ils savent pas quoi inventer, n'importe quoi, à ce point là c’est grave », vous incrémentez ensuite le nombre de péripéties de manière exponentielle dans tous les domaines et ça donne ma vie ces derniers temps. Au moins, je ne m’ennuie pas.

Sinon, parfois, ma bio-attitude me fait faire des trucs bizarres. Je me laisse convaincre, aidée en cela par la super promotion dans ma pharmacie, 10 galets pour 9,99 €, que OUI, j’ai absolument besoin de prendre des bains aux huiles essentielles. Prendre soin de soi, lâcher prise, penser à soi pour mieux penser aux autres, etc… (j’ai lu ça dans Psychologie Magazine, ou dans Femme Actuelle, je ne sais plus bien. A moins que ce ne soit dans un Gala édition collector juillet 1990 de mon coiffeur).

A vrai dire, la pharmacie n’a pas besoin de me pousser beaucoup. J’investis régulièrement et par crises la moitié de mon salaire dans des tubes homéopathiques conseillés par des sites internet divers dont la seule caractéristique est de ne jamais proposer la même solution au même problème, combinés avec des compléments en vitamines, minéraux, pro et prébiotiques, assortis de quelques infusions et gélules aux plantes…
Parce que maintenant, une pharmacie (ou para-pharmacie), ça ressemble à ça :
Et là, je pense que tu as compris pourquoi je n'étais pas devenue infographiste


Bon courage pour t’y retrouver, chaque laboratoire avançant une étude SCI-EN-TI-FI-QUE prouvant les qualités de son produit (si tu n’as pas un bac +12 option pharmacologie tu auras du mal à contester la validité des dits résultats).

Je prends donc tout, en même temps bien sûr, mon planning journalier ressemble à celui d’Obama. Dit comme ça, ça semble pitoyable. Et bien...
...ça l’est. Voilà.

Donc j’ai acheté des galets effervescents aux huiles essentielles bio pour le bain. D’une marque allemande (le bio allemand pour les produits de beauté, ça fait tout de suite sérieux, je sais pas pourquoi) (ah, le bio et l’allemand, une grande histoire d’amour, un peu comme la birkenstock et l’allemand, ils savent que le monde entier se moquent d’eux, mais ils continuent à en porter).

Ce jour là, j'ai choisi mélisse. Ça rime avec réglisse. J'adore la réglisse.
Un bon bain à la mélisse, ça délasse, c'est marqué dessus, "délassant". Petite bougie, eau tiède qui coule et galet qui fait pschiiit au fond de la baignoire. …

L’odeur exhalée flotte dans l’air et chatouille mes narines…

Bon. Soit j’ai mal compris, soit citronnelle se dit mélisse en allemand. L’avantage, c’est que je ne devrais pas avoir de soucis de moustiques cette nuit. Par contre, pour le côté relaxant, c’est raté. Tu t'es déjà délassé dans un bain d'anti-moustiques toi?

Surtout qu'en plus de ça, l'eau vire au jaune d'or.
Il faut donc que je me "délasse" dans une eau qui ressemble maintenant à de la pisse de chameau chaude. Jaune foncé, et bien mousseux.

Le bio allemand, comment dire...ça manque un tout petit peu de délicatesse.

mercredi 28 août 2013

Racine carrée


Tu ne m'aimerais pas. Mes pieds sont rarement nus dans ma ville de la moitié nord. Moitié nord, c’est nord un peu? 

Sais-tu? J'ai une tendresse particulière pour les lieux, pour les hommes qui parlent français sans l'être. Lui. Lui. Elle. Et toi. 

Alors, je le sais, nous n'aurons pas rendez-vous, et pourtant, j'aimerais t’attendre place Louise, que tu m'appelles bébé, ou même mademoiselle. Ce serait formidable, tu sais. 

Tu ne m'aimerais pas. J'ai rien d'une miss ni d'une diva, je suis juste une femme et j’ai gardé, encore un peu, les cernes de mes jours mal accompagnés. 

Nous deux, nous avons si peu en commun, sauf, peut être, cette acuité particulière sur les choses, les situations et les gens. 

Nous ne nous connaîtrons pas, c’est bien mieux comme ça, prenons garde à nous. Je te verrai de loin en avril prochain dans ma ville de la moitié nord, le concert de décembre était complet, avril ça fait loin pour ne pas s'aimer. 

jeudi 27 juin 2013

Adolescence


Ni lui, ni moi, ne parlions beaucoup. C’était le plus beau mec de la bande, surtout lorsqu’il gardait sa barbe d’un jour qui lui donnait cet air canaille dont toutes les filles de cet âge sont folles.

Je le croise encore parfois, au détour de ma mémoire, dans la splendeur de ses 17 ans. Cette impalpable et volatile attirance qui flottait entre nous, jamais nous ne l’avons concrétisée. J’attendais qu’il me prenne la main, qu’il me guide. Il ne l’a jamais fait, que dans la danse.

D’une manière difficile à expliquer, il était différent, riche d’une vie intime plus complexe, plus secrète que les autres...

Différent, il l’était aussi quand il dansait. Il inventait des pas, des passes, se concentrait sur un rythme intérieur impulsé par la musique, hors de toute convention. Aucune fille ne parvenait à entrer dans cet univers. Aucune autre, à part moi.

J’ai connu de bons, de très bons, et de très mauvais danseurs. Lui, il fut autre chose. Mon partenaire, dès la première fois où il m’a invitée à danser. Mon double. Dès les premières notes, nous entrions dans un monde qui n’appartenait qu’à nous. Je comprenais, sans qu’il le dise, tous ses mouvements, ses invites muettes, et j’y répondais exactement, sans réfléchir.

Nous aurions du faire l’amour. Nos corps étaient fait pour se mouvoir ensemble.

J’ai quitté la bande, il y a de nombreuses années. Jetée dehors, sans avoir le loisir de m’expliquer, sans une seconde chance, sans un adieu. Effacée.

Il n’a fait aucun geste, indifférent et froid. Ni lui, ni moi, ne parlions beaucoup...

mercredi 26 juin 2013

2012


Deux enfants.
7834 bisous.
Une grande maison.
29 crises de larmes.
5 coups de pied, une main courante.
Une grippe et deux rhumes.
5 coups de poing.
Une plainte.
Une décision.
Un lit gonflable.
Un seul sac pour trois.
Une bouteille de champagne rosé.
Un petit appartement. Zéro lave-vaisselle.
Un lit superposé.
La moitié des vacances de Noël.
Deux enfants.
Un spectacle au cirque.
Un carré de chocolat.
Une pneumonie.
Un papillon blanc.
Deux bras ouverts.
Un sourire.
Quatre balayages chez le coiffeur.
Une peur au ventre.
Deux photos de classe.
78 livres.
1227 SMS.
Un repas partagé.
Deux enfants.

mardi 4 juin 2013

La girafe et le crocodile


La girafe est l'un des rares animaux qui vont l'amble. La légère oscillation imposée par ce pas contrebalance d'une certaine nonchalance la majesté de son coup droit et long.

Ne vous y fiez pas. Lorsqu'il le faut, elle court aussi vite qu'un cheval, ses longues jambes avalant les arbustes et bientôt seule une poussière orange et fine vole dans le soleil, là où se tenait la girafe.

La girafe a besoin de grands espaces, d'air pur et de voir loin. Elle se soucie parfois trop tard du terre à terre si bas, du médiocre qu’elle foule de ses longues jambes longues.

La girafe a de grands cils rêveurs de fille.

 Le crocodile, lui, tend des embuscades et dévore l’animal qui passe à sa portée. En période de famine, le crocodile sait se contenter de poissons et de ces vagues choses molles qui s’agitent dans l’eau tiède. Mais il aime la viande.

La vie du crocodile tourne autour de ça, et il n'a plus de raison d'être s'il n'a plus de proie.
Ce peut être une gazelle, un gnou ou bien un zèbre, des animaux malades, trop faibles ou nourrissons.

Ce que le crocodile aimerait attraper plus que tout, c'est l'une de ces lointaines girafes qui galopent.

Le crocodile est là, caché dans sa mare, les yeux sans cesse ouvert. Son immobilité même est sa plus grande tromperie, elle porte inscrite en elle la menace latente et la violence inouïe de ses attaques passées et futures.

Parfois, une girafe s'approche pour boire. Elle regarde à gauche, à droite, point de danger, à ses yeux. La girafe est méfiante, mais ne l’est pas assez.

Son long cou se penche vers l'eau fraîche, l’eau pure, l’eau vitale. Et la girafe est vulnérable.

Alors, s'il doit attaquer, le crocodile attaque. S'il parvient à attraper la girafe par le cou, au défaut de la mâchoire, à l'immobiliser, à l'empêcher de relever la tête, une lutte s'engage qui peut durer des heures, des jours, des années, à qui cédera le premier. Le crocodile tente d'entraîner lentement sa proie vers l’eau profonde, il l’étouffe et l'épuise peu à peu pour pouvoir la noyer. La girafe, elle, plante fermement ses sabots dans la boue de la rive, et résiste, guette le moment infime où le crocodile voudra réaffirmer sa prise et entrouvrira les mâchoires un court instant.

Il y a toujours un moment infime, lorsque le crocodile croit avoir gagné. Un seul. Si elle est très attentive et très résistante, elle pourra relever la tête d'un grand coup, avaler une goulée d'air, tourner les talons et partir au loin en galopant, sans jamais se retourner.

La lutte à mort est engagée. Plus le crocodile est expérimenté, plus la girafe devra être solide pour pouvoir survivre.

La girafe qui s’échappe en sort marquée à vie. Parfois même, la blessure de son cou s'infecte, et dans ce climat chaud et lourd l’infection s’étend vite. La girafe finit par en mourir.

Mais, le plus souvent, la blessure cicatrise lentement, laissant une trace plus ou moins importante, une boursouflure pâle sur le cuir beige et brun.

Et jamais plus, au grand jamais, cette girafe là ne se fera attraper à nouveau par un crocodile.

jeudi 16 mai 2013

Ève


Ève aura gardé ses chaussures. Elle fait toujours cela, se mettre nue dans la chaleur moite et s’installer dans son fauteuil qu’elle tourne vers la fenêtre.
Elle aura ses ballerines noires, sans doute. Ses cheveux empoisseront sa nuque d’une sueur lourde comme du mercure. Bientôt, elle les relèvera d’une main distraite, son regard fixé sur le trottoir d’en face.

Il n’y aura rien à voir, sur le trottoir d’en face. C’est là qu’habite Abby la blonde, mais à cette heure là, elle aura fermé ses volets et tiré ses rideaux. Il fera si chaud...
Alors, Ève regardera ces volets bleus, les fleuves et les rivières de leur peinture écaillée. Ève fixera ces volets comme si la seule force de sa volonté pouvait les ouvrir, les entrebâiller, la laisser se glisser à l’intérieur.
Ce sont les volets de la chambre, Ève le sait, une petite chambre avec un grand lit et des draps toujours en désordre.

Abby ne sera sans doute pas dans sa chambre, à cette heure, elle mangera un encas dans la cuisine, elle ouvrira la porte du frigo et laissera l’air glacé refroidir son corps jusqu’à ce qu’un grand frisson la prenne. Elle aura peut-être ouvert une canette de Pepsi.

Le lit sera occupé. Sa grande masse sombre au travers des draps froissés, un bras qui dépassera d’un côté et un pied de l’autre, il reposera là. A l’heure la plus chaude de la journée, il dormira d’un sommeil lourd, comme après avoir effectué l’une de ces tâches harassantes où les muscles prennent le pas sur l’esprit, où seul compte l’épuisement physique poussé à ses limites.

Ève croisera les jambes, mais l’humidité collante de ses cuisses la gênera. Elle les décroisera, comme à regret. Il sera bientôt l’heure pour elle de se préparer. En face, les volets n’auront pas bougé.
Ève prolongera quelques minutes encore cette contemplation, mais bientôt elle devra se lever. Elle pivotera nue devant sa fenêtre, dans l’absurde espoir qu’on la verra d’en face.
Personne ne la verra. Il fera si chaud...

Ève quittera son poste et partira prendre une douche tiède. Elle récurera son corps à s’en faire mal avec un gros pain de savon rugueux. Puis elle frottera son visage et en le rinçant, l’eau douce se mêlera à l’eau salée.